Chapitre 3
Le magazine était sorti dans les kiosques la veille, et Bill était nerveux. Il s'était senti trop mal à propos de ça pour s'être procuré un exemplaire sur-le-champ, il avait supplié sa famille de ne pas l'acheter et avait fait promettre à la petite poignée d'amis qu'il avait de ne rien lui en dire. C'était quelque chose qu'il avait besoin d'approcher à son propre rythme.
Il avait envie de l'avoir là tout de suite, pourtant. Il avait besoin de savoir quel portrait le reporter avait dressé de lui. Il avait déjà été incendié par les médias auparavant, et cette situation était si délicate et son ventre se tordait douloureusement d'anxiété à l'idée qu'il puisse apparaître comme étant totalement ridicule.
Durant l'interview il avait fait preuve d'une grande assurance, il s'était montré gentil, réel. Il s'était ouvert, s'était confié, et lors des photos, il avait regardé l'appareil et avait à peine souri. Il avait juste laissé son émotion parler pour lui.
Tom entra dans la pièce et s'assit près de Bill. Le silence plana durant quelques instants, puis Tom s'éclaircit la gorge.
“Quand est-ce que Maman le ramène à la maison ?” demanda Tom.
“Bientôt. J'espère.” Bill jeta un regard à Tom et soupira. “Elle a dit qu'elle revenait il y a une demi-heure.”
“C'était quel magazine déjà ?”
“Stern,” répondit Bill.
“Ah.” Tom glissa sa main sur celle de Bill, la tenant simplement, à peine. Ils ne s'étaient pas beaucoup touchés ces derniers temps, et leurs regards se plongèrent l'un dans l'autre. “Ce que les autres disent n'a aucune importance.”
“Je sais,” dit Bill. “Mais toi, qu'est-ce que tu dis ?”
“Que je suis... que je t'aime,” murmura Tom. “Peu importe ce qui peut se passer.”
Cela aurait dû réchauffer Bill, le calmer. Tom l'aimait, c'était quelque chose d'important, quelque chose dont Bill avait besoin. Mais il voulait plus que de l'amour, il voulait qu'on le comprenne.
“Je veux que tu voies,” dit Bill. “Je veux que tu voies comment je suis à l'intérieur. C'est ce que je veux que tu dises, je veux que tu dises que tu as besoin de le voir, toi aussi. Je veux que tu essayes et que tu le voies, je veux que tu m'aimes suffisamment pour te moquer totalement du fait que je sois un garçon ou une fille.”
Tom serra la main de Bill si fort que ses articulations craquèrent. “Je veux que tu t'aimes suffisamment pour t'en moquer totalement,” dit Tom.
Bill ne put pas dire à Tom qu'il n'était pas possible d'aimer l'étranger dans le miroir. “N'en parlons pas maintenant, je suis trop nerveux,” dit Bill. Il tourna sa main, paume vers le haut, et entrelaça leurs doigts. “D'accord ?”
Tom s'appuya contre Bill, ayant soudainement besoin que son frère les soutienne tous les deux. “D'accord,” dit-il.
Ils s'assirent, épaule contre épaule, en silence.
“Ca fait des années qu'on a pas attendu que Maman rentre à la maison comme ça,” dit doucement Tom. “Pas depuis qu'on avait... Putain. Douze ans.”
“Je me souviens de l'avoir attendue, exactement comme ça, d'avoir attendu qu'elle ramène le journal qui contenait un article sur notre groupe, sur un des spectacles qu'on avait faits,” dit Bill, souriant. “Elle mettait tellement de temps à revenir.”
“Et puis en fait il s'est avéré que le journal avait mal orthographié nos noms, avait carrément oublié Gustav, et avait plus parlé d'un scandale qui avait eu lieu des années auparavant dans le night-club où on avait joué,” ajouta Tom, riant.
“Putain, on était tellement excités, pourtant. Nos noms dans le journal !”
“Ouais, mal orthographiés et tout.”
Bill eut un sourire ironique. “Maintenant on n'a plus ce problème.”
“Gustav et Georg si, encore.”
Les jumeaux se regardèrent et rirent, un peu plus fort et un peu plus joyeusement qu'ils ne l'auraient voulu, mais ils étaient tellement anxieux qu'ils avaient besoin de quelque chose pour faire diminuer la tension.
“Et bien, j'espère que Stern va bien te traiter. C'est un bon journal,” dit Tom, levant la tête pour regarder par la fenêtre. “Voilà Maman.”
Le ventre de Bill se tordit. “Oh, non.”
“Ne t'en fais pas,” dit doucement Tom, serrant le genou de Bill puis se levant. “Je vais aider Maman à décharger les courses.”
“Très bien,” murmura Bill, s'enfonçant dans le canapé et amenant ses genoux contre son torse. Il prit plusieurs profondes inspirations et essaya de se calmer. Il n'avait aucune idée de ce à quoi s'attendre, et cela faisait des années qu'il n'avait pas été aussi anxieux pour un article de journal. Il avait appris à ne pas faire cas de ce que disaient les médias, à ignorer le négatif et à avoir un petit sourire satisfait quant au positif.
Mais là, c'était différent.
“Hey, chérie,” dit Simone, rentrant dans la pièce avec Tom sur les talons. Elle avait une petite pile de magazines dans les bras, et elle souriait faiblement. “J'ai acheté tout le kiosque.”
“Maman,” grogna doucement Bill. Il la rejoignit, lui jetant un regard suppliant. “Mon Dieu, il faut absolument que je le voie. Je me suis rongé les sangs toute la journée.”
“Attendons aussi Gordon, il est juste au bas de la rue,” dit Simone. “Je sais que tu es nerveuse. Je le suis, moi aussi.”
“Ca va aller,” dit Tom, s'asseyant et tirant sur ses dreads, ayant l'air de ne pas du tout savoir si ça allait aller.
“Et si jamais ils donnent l'impression que je suis un monstre ?” demanda Bill.
“Ma chérie, ils t'ont déjà montré la première ébauche et les photos,” dit Simone. “Tu n'auras pas de grosse surprise.”
“Ils peuvent changer absolument tout ce qu'ils veulent,” protesta Bill. “Et ils ont rajouté un sondage, ils me l'ont dit. Je ne sais pas du tout à quoi vont ressembler les résultats, ni même sur quoi il porte. Mon Dieu.” Bill essuya la sueur qui lui coulait sur le front, regardant vers Tom. Il voulait que son frère revienne juste à côté de lui, et lui prenne la main. Ca ne serait pas bizarre s'il faisait ça devant leur mère, si ?
Tom prit conscience de son regard, mais il ne bougea pas.
Quelques instants plus tard la porte s'ouvrit avec fracas ; le bruit des lourds boots de Gordon résonna dans l'entrée, le son se propageant dans le salon. “Je suis rentré !” appela Gordon et Bill tressaillit.
“On pourrait peut-être le regarder plus tard,” dit rapidement Bill. Simone déposa les magazines devant Bill et secoua la tête. “Maman...”
“Simone, est-ce que par hasard tu aurais acheté toute la boutique ou quoi ?” demanda Gordon, entrant dans la pièce avec le sourire aux lèvres. Personne ne lui sourit en retour et il s'éclaircit la gorge. “Um...”
“Très bien,” dit Bill, saisissant le magazine. Il le retourna du bon côté, regardant sa propre photo sur la couverture. Il avait l'air bien, décida-t-il. Peut-être un petit peu nerveux, mais à part ça ça allait. “Maman,” implora Bill, et Simone s'assit immédiatement à côté de lui.
Je ne suis pas moi proclamait la couverture, sous la photo de Bill.
A cette vue Bill leva les yeux au ciel. “Original,” dit-il, regardant la photo et la phrase de chanson recyclée. “Je n'ai jamais dit ça.”
“Ca pourrait être pire,” dit Tom, se rapprochant enfin. “Ils auraient pu utiliser des paroles de quand on était Devilish ou un truc du genre. Tu sais, It's so hard to live.” Tom ébaucha un sourire et Bill découvrit qu'il n'arrivait pas à s'empêcher de sourire en retour.
“Ne rends pas les choses encore pires qu'elles ne sont,” le taquina Bill, secouant la tête. Avant d'ouvrir le magazine, il leva les yeux. Sa famille était autour de lui, elle lui apportait son soutien. C'était bon, et la cuisse de Tom reposait tout contre la sienne. Il pouvait sentir la main de Tom sur son dos, et Bill se pencha un peu en arrière, accentuant le contact, et il se sentit soulagé.
“Bon, et bien voyons ça,” dit Simone.
Bill ouvrit le magazine et sauta jusqu'à son article. C'était un très gros truc, étalé sur quatre pages. Les photos scintillaient ; c'était un bon photo shoot, comme un grand nombre de ceux qu'il avait faits. Il scanna rapidement l'article des yeux et vit que tout semblait vraiment correspondre à ce qu'il avait déjà vu.
Il y avait au début un court retour sur sa vie, sur le groupe, et sur la controverse permanente qui entourait son look inhabituel. Une courte interview suivait dans laquelle il expliquait comment il se sentait, comment il ne s'était jamais senti à l'aise dans son corps, et comment il n'avait jamais voulu décevoir personne. Il avait expliqué durant l'interview à quel point il était effrayé non seulement de ce que les fans et le public allaient ressentir, mais aussi de ce que lui allait ressentir.
Ensuite l'article continuait en parlant de la pause qu'allait prendre le groupe, de sa transition, de son opération prochaine, et de tout ce qui se passerait entre.
Il ne semblait pas y avoir de formulation négative dans l'article, ses mots n'avaient pas été détournés. C'était un soulagement.
L'article était honnête et émouvant, exactement comme il le voulait, exactement ce que le label avait voulu. Ils voulaient quelque chose qui plaise aux fans, et bien que Bill se moquât plutôt de ce qui pourrait les aider à faire vendre plus de disques ou à gagner plus d'argent, il ne voulait pas bouleverser la base de ses fans.
Il tourna la page et vit le sondage. Que pensent les lecteurs de Stern du changement de sexe imminent de Bill Kaulitz ?
“C'est vraiment grossier de leur part,” marmonna Simone.
“C'est ce que les gens comprennent,” dit Tom, surprenant Bill. “Des mots simples.”
Bill se contenta de hocher la tête et se mit à lire. Quarante-sept pourcents des lecteurs le soutenaient. Quarante-six pourcents non. Sept pourcents étaient indécis.
“Wow,” murmura Bill. “Je ne pensais pas que ça serait si...” Il rapprocha un peu plus le magazine de son visage, lisant les commentaires de quelques personnes qui avaient répondu au sondage. “'Si j'avais voulu m'intéresser à un groupe de filles, je l'aurais fait. Tokio Hotel est fini.'... 'Ce n'était qu'une question de temps avant que ça n'arrive. Mais il devait seulement faire son coming out et avouer le fait d'être gay.' Aouch.”
“Arrête de te concentrer sur ceux-là,” dit doucement Tom. “Regarde plutôt ceux-ci.”
Bill dirigeait son regard vers l'endroit que Tom désignait. On est dans un nouveau millénaire, les gens changent, le monde change, et moi je dis, que ça lui laisse encore plus d'opportunités d'être qui il est.
Mon frère a toujours dit qu'il pourrait devenir gay pour Bill, mais maintenant ce n'est plus la peine ! Mais merde alors, s'il se fait opérer, ça veut dire que c'est moi qui vais devoir devenir gay pour lui !
Bill rit à cette citation.
Je suis fan de leur musique, un point c'est tout. Cela n'a rien à voir avec la musique et je pense que c'est génial qu'il n'ait pas peur d'être lui-même !
Il y avait encore quelques citations, certaines bonnes, certaines mauvaises, et certaines neutres, mais le c½ur de Bill se gonflait de joie. Bien sûr, ce n'était qu'un seul article, mais il ne se sentait presque plus aussi effrayé maintenant. Il n'était pas stupide, il savait bien que la tempête ne faisait que commencer, mais maintenant il était prêt.
Il avait des personnes derrière lui, c'était tout ce qui comptait.
Tom caressa son dos de sa main chaude et il se sentit enfin calme, bien dans sa peau, même si ce n'était que pour un petit instant.
**
Plus tard dans la nuit, Bill était allongé dans son lit, regardant le plafond. Il était épuisé et il avait passé toute la soirée à feindre l'exubérance pour sa famille. Ils avaient tous trouvé l'article tellement positif, tellement bien pour lui, et Bill savait qu'il l'était.
Il y avait juste quelque chose qu'il n'arrivait pas à se sortir de la tête. Peut-être que Tom avait eu raison ; peut-être que la situation était devenue irrévocable. Bill l'avait annoncé au public maintenant, et il n'y avait plus de retour en arrière possible. Il aurait dû se sentir bien, plus à l'aise, mais la seule chose à laquelle il pensait était ce que les gens avaient dû dire sur lui, avait dû penser de lui.
Il fit courir ses doigts le long de son torse et ses mains rencontrèrent les doux renflements de sa poitrine. Cela faisait huit mois qu'il avait commencé à prendre les ½strogènes et les effets avaient été très lents, mais tout à fait notables. Il n'avait pas besoin de porter un soutien-gorge, pas encore, et tout à la fois ça le soulageait et le peinait. Pourtant il commençait à avoir de tous petits seins, et il aimait les sentir sous ses mains. Il ne pouvait pas en remplir sa main, mais il pouvait vraiment avoir quelque chose sous ses doigts, et ça valait tout l'or du monde.
Bill tâtonna vers le tiroir de sa table de nuit et en tira en mètre. Il jeta discrètement un regard autour de lui, comme s'il pouvait y avoir quelqu'un en train de le regarder, et enroula le mètre autour de son torse. Durant les huit derniers mois il s'était mesuré, remarquant la croissance lente mais certaine. Ce soir ne changeait pas de d'habitude ; cela faisait plus d'une semaine qu'il ne s'était pas mesuré et il fut ravi de constater une augmentation.
Il releva lentement son t-shirt et fixa le plafond en rougissant, ses doigts touchant les mamelons qui étaient lentement devenus de plus en plus larges. Il ne les avait observés que quelques fois et il avait presque l'impression de faire quelque chose de mal.
Mais il adorait les sentir. Ils étaient à lui, et faisaient partie de la personne qu'il essayait de devenir. Ils étaient doux et tangibles sous ses doigts et il en pinça un délicatement, sursautant et adorant la sensation.
Il passa ses mains à plat sur son corps, prenant le mètre et l'enroulant tout d'abord autour de ses hanches puis de ses cuisses. Tout devenait de plus en plus large et cela rendait Bill heureux. Evidement il ne voulait pas devenir trop gros, il aimait son corps mince, mais ça ne le dérangerait pas d'avoir un peu plus de hanches et de fesses.
N'importe quoi du moment que ça rendait son corps un peu plus doux, un peu plus courbe.
Il lâcha le mètre et prit ses seins en coupe par-dessus son t-shirt, baissant les yeux vers eux et souriant. Ca ne faisait aucun doute dans sa tête qu'il allait sûrement avoir besoin d'implants, et il était anxieux de le faire. Bien sûr, si l'opération arrivait trop tôt ce serait un désastre. Il avait besoin d'un peu plus de temps et d'un peu plus de tissu mammaire, et alors il serait prêt.
S'asseyant sur son lit, il osa glisser sa main sous son t-shirt et il passa ses phalanges contre ses seins. Il frissonna et son pénis se durcit un peu dans son caleçon. Tout à la fois ça le perturbait et le transcendait.
Il n'avait pas été vraiment excité depuis des lustres, mais il détestait aussi se rappeler que, de fait, il avait une bite. Il allait devoir passer au-dessus de ça, ne serait-ce que pour le moment. Ca n'avait aucun sens d'être trop déprimé à cause de ça maintenant, surtout qu'il était en train d'avancer dans la direction qu'il voulait.
Il se rallongea et fantasma sur son nouveau corps, le corps qu'il allait avoir et dans lequel il se sentirait bien. Il faisait souvent ça, c'était la meilleure histoire qu'il pouvait se raconter avant de dormir.
Une main sur son torse, ses yeux se fermèrent et il était sur le point de vraiment se décontracter quand il y eut un petit coup frappé à sa porte. Il s'assit rapidement, plaquant sa main contre le matelas.
“Oui ?” appela-t-il.
La porte s'ouvrit sans réponse et Tom passa sa tête par l'entrebâillement.
“Qu'est-ce que tu fais encore éveillé à cette heure-là ?” dit Bill. Tom resta debout près de la porte, les mains enfoncées dans les poches de son survêtement de pyjama. “Rentre, Tom.” Bill soupira, il n'avait vraiment pas envie d'avoir à s'occuper de quoi que ce soit à ce moment-là, et Tom eut l'air vexé.
“Je peux m'asseoir ?” demanda Tom, s'avançant dans la chambre.
Bill descendit les couvertures et les ouvrit. “Viens là.” Si Tom avait besoin de parler, le moins qu'il pouvait faire était de venir tout près. La chaleur de son frère manquait à Bill, son réconfort lui manquait. Tom n'hésita qu'un petit moment avant de se glisser dans le lit à côté de Bill.
“Qu'est-ce qu'il y a ?” demanda Bill.
Tom roula sur le côté, faisant face à Bill. “Rien.”
“Ah oui ?”
“Oui.” La main de Tom vint caresser le cou de Bill. “Tu me manques.”
Bill se laissa emporter dans la caresse, ses yeux se fermant. “Tu me manques aussi.”
“Je me suis juste dit que... Je me suis dit qu'on pourrait peut-être dormir ensemble,” dit Tom. “Rien d'autre, juste...”
“J'adorerais ça,” dit Bill.
Tom eut un sourire hésitant et attira un peu plus Bill à lui. “Et qu'est-ce que toi tu fais encore éveillé si tard ?”
“J'étais juste en train de...” Bill soupira, complètement intoxiqué par le toucher de Tom. “Je réfléchissais juste.”
“Ne te fais pas mal surtout hein.”
“Ha, ha,” dit Bill, tirant la langue et baissant la tête. “En fait j'étais encore en train de me laisser emporter par mon impatience.”
“Bien,” dit Tom, un peu étrangement, mais son émotion était réelle. “Je pense que tu es fantastique, tu sais.”
“Vraiment ?”
Tom hocha la tête. “Oui, tu es... Tu te lances vraiment là-dedans. Moi j'aurais jamais eu les couilles.”
“Tom,” grogna Bill.
“Oh wow, désolé,” dit Tom, les joues rougissantes. “Je voulais pas dire ça.”
“Je sais.” Bill se pencha en avant et embrassa son frère, et Tom était si avide de ce baiser qu'il se pressa contre Bill et le domina presque. Tom tourna gentiment Bill de façon à ce qu'il soit sur le dos et Tom se plaça au-dessus de lui. Ils gémirent tous les deux, cela faisait tellement longtemps qu'ils n'avaient pas été dans une position aussi intime, et cela rendit Bill légèrement mal à l'aise. Il pouvait sentir l'érection de Tom contre la sienne.
“Fais attention,” dit doucement Bill. “Fais attention, Tomi, je ne suis pas... Je n'en veux pas trop. Je ne peux pas.”
“Laisse-moi juste...” Tom baissa la tête et la reposa contre le torse de Bill, et il inspira. Déjà Bill avait une odeur plus féminine, un peu moins comme celle d'un garçon. Tom aima le subtil changement et il caressa l'épaule de Bill, glissant sa main sous le col de son t-shirt et touchant la peau nue.
“Tomi...”
“Je sais.” Tom leva le regard et embrassa les lèvres de Bill, et Bill se détendit immédiatement. “Ne t'en fais pas, c'est juste que tu me manques.”
“Tu me manques tellement... Ca fait si longtemps,” dit Bill, fermant les yeux et s'étirant sous Tom, leur permettant juste un peu d'être pressés l'un contre l'autre. Tom gémit dans l'oreille de Bill et Bill eut un petit sourire. Même si lui ne voulait rien faire de sexuel, son c½ur éclaterait en morceaux si c'était le cas de Tom.
Tom embrassa le cou de Bill, tout du long, et celui-ci apprécia le poids de son frère au-dessus de lui. Il aimait particulièrement le frottement contre ses tétons, il pouvait les sentir se durcir et il adorait la sensation de ses seins entre leurs deux corps.
“Tom, est-ce que tu... Est-ce que tu penses toujours que je suis...” Bill ne pouvait pas prononcer les mots. A ce moment-là il se sentait vraiment beau, et même sexy. Tom était partout sur lui, littéralement, et il avait besoin de savoir. “Est-ce que tu penses toujours que je suis sexy ?”
“Bon Dieu, Bill,” haleta Tom, enfonçant doucement son sexe contre lui, sachant très bien qu'il ne devait pas pousser trop fort. “Tu seras toujours sexy.”
“Merci,” chuchota Bill, satisfait de la réponse. Il se sentait audacieux, téméraire. Il prit une des mains de Tom et la fit glisser le long de ses côtes. Les doigts de Tom chatouillaient Bill au niveau de la couture de son t-shirt et celui-ci les prit et les pressa sous le tissu. Tout d'un coup il voulait que Tom sente ses doux seins, aussi petits qu'ils soient. Il partageait tout avec Tom, et il voulait partager cela aussi.
La main de Tom rampa sous le t-shirt de Bill et reposa sur sa cage thoracique. “Sens,” murmura Bill, se cambrant contre Tom. Tom garda la tête enfoncée dans le cou de Bill et glissa sa main un peu plus haut, et alors Bill sentit les articulations de Tom caresser ses tétons.
Bill laissa échapper un gémissement, non pas parce que c'était vraiment bon ou mauvais, mais parce que c'était une chose tellement privée. Il avait juste à peine exploré ses seins lui-même.
“Tom, est-ce que tu...”
Bill voulait que Tom prenne ses seins en coupe dans ses mains, voulait qu'il les tienne et les caresse, mais Tom retira sa main, s'asseyant rapidement. Tom se pencha en arrière, secouant la tête.
“Merde, je ne pensais pas que...” Tom ne pouvait pas regarder Bill. “Je ne pensais pas que je ressentirais ça.”
Le c½ur de Bill battait follement dans sa poitrine. “Ca quoi ?”
“Comme si...” Tom se mordit la lèvre. “Je t'aime, mais j'ai peur et ça rend tout ça réel.”
“Mais c'est réel, je te l'ai dit,” dit Bill. “Je te l'ai dit tout du long.”
“Oui, mais de le sentir...”
Bill saisit les draps et les déchira, jusqu'à l'endroit où ils étaient bordés, la colère s'enflammant dans son corps. “Bon Dieu, Tom ! Mais qu'est-ce que tu croyais ? Que j'allais prendre les pilules et les comprimés et que rien ne changerait ? Je vais avoir des nichons et je ne vais plus avoir de bite ! C'est comme ça et pas autrement.”
Tom tressaillit. “Bill, ne dis pas ça comme ça.”
“Je ne dis pas ça comme ça,” dit Bill. Il croisa les bras sur sa poitrine. “Je ne vais plus être un garçon. Pourquoi est-ce que tu crois que je me suis lancé dans toutes ces emmerdes ? Le dire à tout le monde, aller voir tous ces médecins. Tu étais assis à côté de moi pendant chaque visite médicale, tu étais assis là et tu souriais et tu me tenais la main. Tu m'as promis que tu serais avec moi.”
“Oui mais alors... alors ce n'était que des mots,” bégaya Tom. “Et bien sûr que je suis avec toi, mais tu comprends pas que j'ai peur ?”
“Est-ce que tu as peur de moi parce que je suis entre-deux, ou est-ce que tu seras encore effrayé quand je serai une fille ?” demanda Bill. “Parce que je pense que tu as réussi à surmonter des choses plus bizarres encore que ça. Baiser ton frère, par exemple.”
“Ne dis pas ça,” dit Tom.
“Tu n'es même pas gay. Pourquoi ne voudrais-tu pas que je sois une fille ?”
“Comment as-tu pu ne serait-ce que penser que qui tu es a la moindre chose à voir là-dedans ?” cracha Tom. “Je t'aime parce que je t'aime, et ça n'a aucune importance si qui que ce soit d'autre pense que c'est mal ou si je suis gay ou si tu es un garçon !”
“Dans ce cas pourquoi est-ce que le fait que je sois une fille a de l'importance ?” demanda Bill. “Aime-moi pour moi-même.”
“Mais ce n'est pas toi !” hurla Tom, se levant soudainement. Il désigna la poitrine de Bill. “Ce n'est pas naturel.”
“Me baiser n'est pas naturel,” dit Bill. Il baissa la tête. “Personne ne pourrait le comprendre, mais tu le fais quand même.”
“Mais j'essaye de comprendre,” dit Tom. “Je ne sais même pas pourquoi... ça doit être parce qu'on est à la maison. Maintenant ça a l'air réel et je n'arrive pas à le gérer. Je n'y arrive pas. Je t'aime, mais je n'y arrive pas.”
“Alors ne le gère pas,” dit Bill. “Alors putain, ne le gère pas.”
Tom n'avait pas de réponse à ça et Bill le savait, il ne fut donc pas surpris quand Tom quitta la chambre et qu'il se retrouva de nouveau seul. Il maudit ses seins, n'y tenant pas tant que ça à ce moment-là, et retira les draps au-dessus de lui.